LES MORTIFICATIONS

LES MORTIFICATIONS.

La mortification. Voila un mot qui est fréquent dans les livres de spiritualité. Je ne pense donc pas innover quand j’en parle aujourd’hui. Je suis aussi certain de ne pas me tromper quand je dis que tous les saints ont vécu cette vertu plus d’une fois dans leur vie. C’est dire que se mortifier fait parti du vocabulaire et du vécu du chrétien, du moins c’est censé être le cas.

Pour ma part, je pense que c’est une chose très importante. Il ne faut donc pas la négliger si on veut grandir de manière sûre et durable dans la sainteté et la proximité avec Dieu. Mais de quoi s’agit-il ?

La mortification est un sacrifice, une privation que l’on accepte de consentir. Mais cette dernière n’atteint sa plénitude que lorsqu’elle est offerte à Dieu. Elle n’a pas de domaine prédéfini et dépend de la volonté et de l’endurance de celui qui décide de la vivre en union avec le Christ. Toutefois, cette « universalité » de la mortification peut se comprendre si l’on emprunte les catégories dont il est question dans le confiteor : Pensée et parole. Je ne considère pas l’omission parce que pour se mortifier, il faut le décider et dans ce cas, l’oublie ou toute autre chose qui exclut la décision est à exclure.

Ainsi, mortifier sa pensée, c’est s’interdire de penser à toute chose que l’on sait répréhensible sur le plan de la morale, faire l’effort de ne pas garder rancune, ne pas programmer faire du mal à son prochain. Pour y parvenir, il faut aussi s’astreindre à une mortification des sens dont le contenue de la pensée dépend grandement.

Donc, mortifier ses sens, c’est éviter autant que possible d’écouter, de voir, de sentir ou de toucher tout ce qui peut nous pousser ou nous suggérer le péché. Et là aussi, les exemples sont légions et dépendent de l’environnement et du degré de connaissance de chacun.

En outre, mortifier sa parole, c’est éviter de parler. C’est garder le silence le plus longtemps possible. Cela peut paraître bizarre mais c’est une chose qui a beaucoup de valeur même sur le plan moral. De fait, quand on ne parle pas, l’esprit est obligé, pour se libérer de tout ce qu’il rumine, de le déverser dans la pensée. Et la première chose qu’il fait dans ce genre de situation, c’est toujours un retour sur soi, ce qui provoque toujours un examen des actes qu’on a posé dans un passé proche ou lointain. Ainsi, ceux qui ont peur du silence, c’est souvent ceux qui ont peur de se retrouver en face d’un juge que rien ne peut corrompre et dont la sentence est souvent bien plus impitoyable que la plus rude des morales. Ne pas parler permet aussi de réfléchir sur ses choix et ses engagements. C’est pourquoi la sagesse populaire demande de réfléchir avant de parler ou avant de s’engager de peur de dire ou de faire des bêtises. Ne pas parler permet aussi de se focaliser sur que Dieu attend de nous.

C’est en effet dans le silence que l’on est capable d’entendre cette sorte de « petite voie » (qui est très chère à Sainte Thérèse de l’enfant Jésus) qui nous propose de faire telle chose ou de réfuter telle proposition. Il est certes vrai que cette voie peut être celle de notre conscience ou le reflet de nos envies, mais il est aussi vrai qu’elle est l’un des canaux puissants par lequel la cours céleste dans son entièreté communique avec ceux qui sont disponibles et ouverts  à son écoute.

Se mortifier, c’est aussi accepter de souffrir pour une cause juste. Cette forme de mortification peut aussi revêtir des aspects très variés. La plus connue de toutes est la privation d’eau et de nourriture au cours d’une prière plus ou moins longue. En plus du jeûne, on peut aussi se mortifier en acceptant des punitions ou des humiliations ou encore toute sorte de souffrance pour la gloire de Dieu. À ce niveau, il faut dire qu’il ne s’agit en aucune façon de l’automutilation. Mais au contraire, d’une conséquence non provoquée de la proclamation ou du vécu de sa foi ou de sa bonne volonté. Il s’agit en d’autres termes des persécutions qui sont le partage des ouvriers de la Bonne Nouvelle.

Une autre facette de la mortification me vient à l’esprit et je voudrais la partager avec vous.

En fait, je pense, avec le temps, que si se mortifier signifie accepter une douleur ou se priver d’une volition, il existe également une forme de mortification qui conduit immanquablement à l’action : il s’agit de l’acceptation des charges et des devoirs et parfois même, des honneurs qui nous reviennent.

En effet, il est très courant d’entendre dire qu’on se mortifie en refusant les honneurs et les grandes charges. C’est très louable. Mais à force de refuser ces grandes et belles choses, on refuse aussi des éléments de la création. Et ces éléments viennent aussi de la main de Dieu, et sont par conséquents « bons » pour notre épanouissement. Il faut donc savoir les accepter. À aucun moment dans les Saintes Écritures, le Christ ne recule devant un honneur qui Lui est offert de façon sincère. Chaque fois qu’il s’en est défait, c’est parce qu’il voyait dans la pensée de ses interlocuteurs une moquerie ou incompréhension de sa mission.

Il faut aussi voir dans cette conception de la mortification, la difficile fonction de ceux qui ont charge d’âme comme les responsables de formation et les parents. Quand on a occupé des postes de ce genre, je vous assure mes frères, on se rend bien vite compte que c’est difficile de dire à une personne qu’on aime son erreur. Et quand on y arrive, il faut souvent faire face à la colère de cette personne. Et croyez-moi, ce n’est jamais facile de vivre ce genre de chose, surtout quand on doit le faire plus d’une fois pour plusieurs personnes. Il faut alors affronter les autres qui commencent à nous détester et sa propre conscience qui nous renvoie des flashs destructeurs de notre paix intérieure. Pour vivre donc ce genre d’expérience, de responsabilité, il faut, je pense, une bonne dose de courage, et de mortification.

D’autre part, Dieu nous a comblé des talents bien variés. Et ces derniers nous apportent souvent des jalousies, mais aussi des honneurs. Là aussi, il est fréquent de voir des personnes refuser ces honneurs. Ce n’est pas mauvais en soi, mais ce n’est pas toujours bon non plus. Et je pense que les accepter, c’est aussi une preuve de courage et de mortification.

En effet, les honneurs sont des plaisirs. Et comme tels, ils sont enivrants et on peut en devenir dépendant. Se mortifier dans ce cas serait vivre ces moments sans en subir les effets dévastateurs et peccamineux. Et quand on est habitué à être sous les feux des projecteurs, ou quand nos talents attirent sur nous les regards du sexe opposé, il faut être fort et plein de grâce pour ne pas être mégalomane. Avec Dieu, c’est possible, et uniquement dans la mortification.

Ainsi, la mortification cesse d’être seulement un refus volontaire de l’action, mais elle est aussi et surtout une action  qui trouve sa source et sa force en Dieu. Pas facile n’est-ce pas ?

La mortification faisant donc parti du quotidien des chrétiens, il est important de demander la force à Dieu de la vivre et de la supporter quand une occasion se présente.

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